
Le Rolex Learning Center ne se visite pas : il s’éprouve à la force du mollet. On monte, on descend, on affronte ses vallonnements, on contourne ses vides. Mieux que le regard, ici c’est le déplacement qui renseigne sur la forme du bâtiment. Pourtant, vu du ciel, le Rolex Learning Center (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) ressemble à un rectangle classique percé de trous ; abordé de côté, il se présente comme deux coques (sol et toit) qui se soulèvent de terre en parallèle. Mais à l’intérieur, sa géographie toute en ondulations prive le visiteur de ses repères. Réalisé sur le campus des universités de Lausanne par l’agence japonaise Sanaa pour rassembler les 14 bibliothèques de la ville, des lieux de réunion et des espaces d’apprentissage, cette structure étendue sur 88 000 m2 ne comprend ni murs ni cloisons : ce sont les changements de hauteur du sol qui délimitent des espaces d’intimité, propices à l’étude ou à la rencontre. Pas d’escalier mais des pentes douces ou plus abruptes pour atteindre la cafétéria ou descendre vers une zone de repos. Vallées, plateaux, terrasses, enchaînement de collines : le Rolex Learning Center se vit comme un paysage. Il est surtout un exemple rare d’audace formelle qui remplit sa fonction : favoriser de nouveaux modes d’apprentissage chez les étudiants, libres d’échanger ou de s’isoler, de circuler ou de s’effondrer au creux d’une colline avec leur ordinateur portable au milieu de poufs multicolores. Cette forme organique innovante ne se contente pas de surprendre ; elle provoque chez le visiteur une expérience réellement inédite d’appréhension de l’espace.