All posts by Valérie Appert

Séville : LAs setas

Des “champignons” alvéolés pour une promenade au-dessus de la ville (© Valérie Appert).

Une soucoupe volante déposée dans les jardins de l’Alacazar n’aurait pas causé plus d’émoi que ces formes organiques qui ont colonisé en 2011 la très classique plaza de la Encarnación. Pourtant le fameux Metropole Parasol, nouveau totem urbain de Séville, est bien une œuvre d’art, d’une taille certes au dessus de la moyenne. Inspirée, insiste l’architecte berlinois Jurgen Mayer qui l’a conçue, par les voûtes de la cathédrale de Séville et les ficus millénaires de la place Cristo de Burgos. Plus grande structure en bois du monde, l’œuvre est constituée de six parasols en forme de champignons (d’où son surnom de Las Setas, les champignons en espagnol) reliés entre eux par leurs «chapeaux». Sa grille alvéolaire représente une véritable prouesse architecturale et technique: plus de 3400 poutres de placage d’épicéa, découpées au millimètre près grâce à un robot à commande numérique, ont été assemblées avec des tiges d’acier et de la colle époxy. Pas de béton, si ce n’est pour les fondations et la tour où loge l’ascenseur. Car c’est aussi un belvédère qui culmine à 28 mètres de haut, avec une vue extraordinaire à 360 degrés sur l’ensemble de la ville. Une passerelle serpente d’un champignon à l’autre, à hauteur de toits et de clochers d’églises. L’immense toiture ondulante projette son ombre tramée sur le parvis accessible par des escalators. Un vrai lieu de vie à caution culturelle : le sous-sol abrite un marché traditionnel et un musée archéologique.

Lausanne : le Rolex learning CenteR

Des vallonnements, des vides, des pentes : le Rolex Learning Center est un paysage (© Valérie Appert).

Le Rolex Learning Center ne se visite pas : il s’éprouve à la force du mollet. On monte, on descend, on affronte ses vallonnements, on contourne ses vides. Mieux que le regard, ici c’est le déplacement qui renseigne sur la forme du bâtiment. Pourtant, vu du ciel, le Rolex Learning Center (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) ressemble à un rectangle classique percé de trous ; abordé de côté, il se présente comme deux coques (sol et toit) qui se soulèvent de terre en parallèle. Mais à l’intérieur, sa géographie toute en ondulations prive le visiteur de ses repères. Réalisé sur le campus des universités de Lausanne par l’agence japonaise Sanaa pour rassembler les 14 bibliothèques de la ville, des lieux de réunion et des espaces d’apprentissage, cette structure étendue sur 88 000 m2 ne comprend ni murs ni cloisons : ce sont les changements de hauteur du sol qui délimitent des espaces d’intimité, propices à l’étude ou à la rencontre. Pas d’escalier mais des pentes douces ou plus abruptes pour atteindre la cafétéria ou descendre vers une zone de repos. Vallées, plateaux, terrasses, enchaînement de collines : le Rolex Learning Center se vit comme un paysage. Il est surtout un exemple rare d’audace formelle qui remplit sa fonction : favoriser de nouveaux modes d’apprentissage chez les étudiants, libres d’échanger ou de s’isoler, de circuler ou de s’effondrer au creux d’une colline avec leur ordinateur portable au milieu de poufs multicolores. Cette forme organique innovante ne se contente pas de surprendre ; elle provoque chez le visiteur une expérience réellement inédite d’appréhension de l’espace.

Bordeaux : Le tribunal de grande instance

Des salles d’audience en forme de cônes (© Valérie Appert).

Des silos ? Des huttes, des cuves ? Ou plutôt « des bouteilles rangées dans un casier », selon l’expression de l’architecte londonien Richards Rogers qui en concevant ce bâtiment déroutant a voulu le rattacher à la tradition vigneronne de la région bordelaise ? Sous son enveloppe de verre, le nouveau Tribunal de Grande Instance aligne sept salles d’audience en forme de cônes, habillées de bois lamellés-collés, disposant d’une ouverture au sommet pour laisser entrer à flots la lumière naturelle. Etonnantes salles circulaires dont l’intérieur, tapissé d’un bois clair et chaleureux, rend paradoxalement apaisants ces petits théâtres où se jouent les drames juridiques ! Cette enfilade de sept formes intimistes et douces contraste avec la mise en évidence de toutes les voies de circulation, escaliers et passerelles métalliques ; un souci de lisibilité et de transparence que Richards Rogers, pionnier du style high tech, appliquait déjà dans les années 70, avec Renzo Piano, au centre Georges Pompidou à Paris.

Bilbao : le Guggenheim

Les volumes en titane signés Franck Gehry (© Valérie Appert).

En choisissant d’implanter le musée Guggenheim sur la rive sud du Nervion, Franck O Gehry en faisait le point de réconciliation entre la ville et la rivière. Ancré au bord du fleuve comme un navire, le musée devait porter fièrement la mémoire d’une cité à la fois portuaire et industrielle. Côté ville, Gehry privilégie une façade en pierre rappelant la minéralité des immeubles XIXe voisins; vers le fleuve, il opte pour le titane irisé, des courbes et une fluidité incontrôlée en écho à l’eau fuyant à ses pieds. Les extraordinaires vagues de l’édifice, réfractaires à toute description, sont visibles en tout point des deux rives et s’intègrent parfaitement dans le quartier-parc de l’Abandoibarra. Douces, sensuelles, presque irréelles pour qui les contemple de nuit, les ondulations du bâtiment ont fait l’objet de recherches informatiques avancées. Même si l’architecte aime raconter que le stylo prolongeant sa main trace les lignes sans la volonté de son cerveau. Pas une seule surface plane, dit-on, sur cette structure habillée d’un revêtement de titane si fin qu’il s’adapte à chaque courbe décrite. Comme dans les autres réalisations de Gehry, la métaphore du poisson s’impose, symbole de la liberté des formes. À l’intérieur, un atrium monumental de 50 mètres de haut, entouré de murs-rideaux en verre, oriente le visiteur, à la faveur de passerelles, vers les salles d’exposition. Sans collection permanente, les 24 000 m² occupés par le musée reçoivent régulièrement des œuvres de la deuxième moitié du XXe siècle. On le dit pauvre en contenu, ce qui est très injuste: ses volumes magnifique exposent des trésors, dont la monumentale salle ArcelorMittal où s’enroule un extraordinaire labyrinthe d’acier de Richard Serra. Mais le Guggenheim déborde aussi au-delà de ses murs, dans un espace de promenade où cohabitent des œuvres de Louise Bourgeois, Eduardo Chillida, Yves Klein et Fujiko Nakaya. Et Jeff Koons! Son Puppy, un chiot surdimensionné en fleurs fraîches, dressé devant le musée, en est devenu la mascotte.

Les maisons-arbres de rotterdam

Les maisons-arbres, dites aussi les “maisons-cubes” ( © Valérie Appert)

Fleuron de la fin des années 70, les « maisons arbres » de Piet Blom, en face de la station de métro Blaack, sont de drôles d’habitations en forme de cubes posées sur la pointe d’un angle. Et si l’on se demande comment, dans ces nichoirs bizarrement inclinés, pleins d’angles, de soupentes et de recoins, on peut caser un lit ou poser des étagères, il suffit pour connaître la réponse d’emprunter le très raide escalier d’une maison-témoin ouverte à la visite. Ou de s’offrir une nuit dans la tout aussi cubique auberge de jeunesse Stayokay.

Le Volcan du Havre

Les lignes courbes du Volcan. Architecte : Oscar Niemeyer. (© Valérie Appert).

Un bloc en forme de “pot de yaourt”. “Une verrue” dans le cœur de la ville. Les mots n’ont pas toujours été tendres pour décrire l’espace culturel commandé par le Havre à Oscar Niemeyer dans les années 80. Et pourtant, c’est cet édifice qui aujourd’hui arrondit les angles d’une ville tracée au cordeau, avec ses courbes pures, son asymétrie et son voile de béton blanc ; déroutant, hermétique, le Volcan est désormais considéré comme l’un des projets architecturaux les plus importants au monde.

Les bains des Docks au Havre

A l’image de thermes romains. Architecte : Jean Nouvel. ( ©Valérie Appert).

C’est la plus jolie découverte dans le périmètre des docks Vauban en pleine rénovation : une piscine, que dis-je ?, un complexe de piscines dessiné en 2008 par Jean Nouvel qui s’est inspiré des thermes romains pour démultiplier les bassins dans un gros volume de béton. Jouant sur les niveaux, les niches, les déboîtements, les bassins s’enchaînent pour une promenade aquatique en eau tempérée. L’un est entouré d’un rideau de pluie, un autre se prolonge en extérieur avec vue sur la ville. L’intérieur, éclairé par des ouvertures aléatoires, est d’une blancheur luminescente… Ce complexe qui casse enfin la structure classique de la piscine municipale ne soulève qu’un bémol : ses jolis petits carreaux en pâte de verre se décollent peu à peu.

le markthal de rotterdam

Le Markthal de Rotterdam ( © Valérie Appert)

On doit ce marché couvert de quarante mètres de haut à l’agence néerlandaise de Winy Maas. Isolé sur une place livrée aux pelleteuses, il ressemble à un énorme hangar à avions. Si l’on trouve de traditionnels petits stands de spécialités culinaires sous sa monumentale voûte, celle-ci est recouverte d’une fresque plus appétissante encore, faite de fruits et de fleurs surdimensionnés, signée Arno Coenen. Point d’orgue : sa structure en fer à cheval est occupée par 238 appartements, comme suspendus entre la ville et ce drôle de jardin d’Éden.

La Villa Arson: une école d’art en béton et galets

L’École d’art de la Villa Arson se gagne à la force du mollet, au sommet de la colline de Cimiez, et se dissipe vite sous la végétation, comme un lézard surpris à dorer au soleil.

Il faut donc partir à la découverte de cette école expérimentale, symbole de la décentralisation et qui, voulue par André Malraux, devait inverser le rapport maître-élève. Chargé de sa conception, l’architecte Michel Marot, Prix de Rome et Équerre d’argent, définit un projet architectural paysager qui tient compte de la pente forte du terrain, de ses arbres centenaires à préserver et d’une villa rose du XVIIIe siècle (de la famille Arson, d’où le nom de l’école) qu’il faut enchâsser dans la construction moderne. Résultat, Marot élabore une école horizontale de très faible hauteur, quasiment sans façades, qui s’organise sous forme de patios et de places publiques autour des arbres sauvés. Plus qu’un bâtiment, un village végétalisé aux ruelles couvertes et labyrinthiques qui distribuent de grands ateliers pour les étudiants. Les murs sont coffrés en béton brut et certaines façades recouvertes de galets du Var (la fameuse calade provençale). L’architecture relève à la fois du vernaculaire et du brutalisme. À défaut d’envisager toute la structure dans son ensemble, il faut monter sur ses toits-terrasses, hérissés de skydoms (ces pyramidions de verre qui diffusent la lumière naturelle au cœur des ateliers) et admirer Nice à ses pieds. École et centre d’exposition, ouverte à tous, la Villa Arson est aussi un lieu de promenade.